Jeu « offert » contre jeu « gratuit » : la différence qui décide de tout
Une page de promotion emploie « gratuit », « offert » et « inclus » comme s'il s'agissait du même mot. Ce sont pourtant trois mécanismes : un prix nul financé autrement, un cadeau ajouté pendant une fenêtre limitée, un accès qui dépend d'une formule active. La différence ne se lit pas dans l'adjectif, mais dans la phrase qui l'accompagne et dans ce qu'il vous reste quand l'offre s'arrête.
Trois mots que les pages d'offre confondent
Sur une page de promotion, les mots se glissent l'un pour l'autre : le jeu est tantôt gratuit, tantôt offert, tantôt inclus dans une formule. Le lecteur en déduit une seule chose, qu'il ne paiera rien, et c'est souvent vrai à l'instant où il clique. Ce qui change, c'est la suite : le prix nul peut être financé par autre chose, le cadeau peut n'être qu'une avance sur un achat, l'accès peut s'arrêter avec la formule qui l'a ouvert.
Le droit ne traite pas ces mots comme des synonymes, et c'est un indice utile. Dans ses lignes directrices sur l'encadrement des promotions, la DGCCRF relève que, pour les produits alimentaires, seule l'utilisation du mot « gratuit » est interdite, et que des termes dérivés ou synonymes, comme « offert », restent libres d'emploi. Autrement dit, « offert » est un mot de promotion : il annonce un mécanisme commercial, pas un prix nul.
Conséquence de lecture : l'adjectif ne décide de rien, ce sont les mots qui l'entourent qui portent l'information, « pendant », « jusqu'au », « avec ». Une offre dont on ne peut pas finir la phrase « ce jeu est gratuit parce que… » n'est pas gratuite : sa contrepartie est écrite ailleurs.
Ce que le droit appelle « gratuit »
La DGCCRF classe parmi les pratiques commerciales trompeuses le fait de décrire un produit comme « gratuit », « à titre gracieux » ou « sans frais » si le consommateur doit payer quoi que ce soit d'autre que les coûts inévitables liés au fait de répondre à l'offre et de prendre possession de l'article. La définition est étroite, et c'est voulu : elle porte sur ce que coûte l'accès, pas sur l'étiquette du prix.
Le même document range parmi les pratiques sanctionnées le fait de promettre un cadeau puis d'exiger une contrepartie, et cite une formule présentée comme gratuite alors que le consommateur se trouve engagé ailleurs. Le problème n'est jamais le prix affiché, il est l'engagement qui n'était pas dit. Un jeu qui ne se lance qu'avec une formule active relève de la même famille : l'accès est conditionné, donc pas gratuit au sens courant.
Ce que l'on garde quand la fenêtre se referme
L'offre de type cadeau a une mécanique stable. Le jeu est ajouté à une bibliothèque pendant une période annoncée, et il y reste ensuite, que l'on ait téléchargé ou non : c'est l'ajout qui compte, pas l'installation. Beaucoup de joueurs attendent le dernier jour pour installer et perdent l'offre ; d'autres ajoutent sans jamais jouer et conservent l'accès. La fenêtre est donc la première information à lire, avant même le nom du jeu.
Ce que l'on reçoit n'est pas un fichier, mais un droit d'usage rattaché à un compte. La garantie légale de conformité s'applique aux contenus et services numériques fournis : elle couvre les défauts du produit, pas la décision commerciale de retirer un titre d'un catalogue. Un jeu ajouté peut donc devenir inaccessible si le titre quitte le catalogue ou si le compte ferme, sans que cela constitue en soi un manquement.
Le cadeau joint à un achat n'est pas un rabais
Il faut séparer deux situations que la même page appelle « offert ». Le cadeau autonome, d'abord : le jeu est ajouté sans contrepartie, et c'est la formule la plus favorable au joueur. Le cadeau joint à un achat, ensuite : le prix du produit principal l'intègre, et comparer le lot au prix des deux éléments achetés séparément est alors le seul calcul qui ait un sens. Un cadeau joint n'est pas une remise, c'est un emballage.
Cette distinction compte quand l'offre combine des objets de valeur inégale : ne valoriser que ce que l'on aurait acheté de toute façon, et traiter le reste comme un bonus inutile. Une offre dont le seul intérêt est l'élément secondaire coûte plus cher qu'un achat ciblé, même présentée comme un cadeau.
Le piège discret : le jeu offert avec une formule
La troisième formule est la plus mal comprise. Le jeu ne vous est pas donné : il est mis à disposition tant que la formule qui l'ouvre reste active. Rien ne subsiste à l'arrêt, ni le jeu, ni la progression si le service la stocke de son côté. Sur la page de l'offre, la différence tient souvent à un mot, « avec » plutôt que « pendant » : c'est la première chose à chercher dans la description, avant de lire le nom du jeu.
Le droit encadre au moins l'information sur la reconduction. Pour les contrats de services à durée déterminée avec clause de reconduction tacite, le professionnel doit informer le consommateur par écrit au plus tôt trois mois et au plus tard un mois avant la fin de la période qui permet de refuser la reconduction. À défaut, le consommateur peut mettre gratuitement un terme au contrat à compter de la date de reconduction. Ce n'est pas une faveur, c'est un défaut d'information sanctionné.
La question pratique n'est pas de savoir si la formule est utile, mais si elle le reste une fois le jeu qui l'a motivée terminé. Un titre « offert avec » est un argument d'entrée ; passé ce titre, il ne reste que la dépense récurrente. Noter la date de fin de la période de refus vaut mieux que compter sur un courriel de rappel.
Le gratuit qui se paie à l'intérieur
Reste le jeu gratuit sans cadeau ni formule, dont l'accès ne coûte rien et qui se finance à l'intérieur. La DGCCRF le décrit sans détour : pour les jeux en ligne sur téléphone ou tablette, souvent gratuits d'accès, le joueur est dans de nombreux cas incité, pour progresser, à payer des sommes parfois minimes dont le cumul peut devenir significatif, et il peut être exposé à des publicités. Cela ne dit rien de la qualité du jeu : cela décrit son modèle.
Le prix d'entrée est nul, le coût est dans la conception du jeu : rythme de progression, paliers, publicités, achats qui raccourcissent l'attente. Ce n'est pas une promotion, c'est un produit dont la première heure est ouverte et dont la suite se paie en temps, en attention ou en achats. La vérification utile se fait après le téléchargement, en regardant ce que le jeu demande au bout d'une heure.
D'où la seule méthode qui vaille, en cinq questions : sur quelle plateforme l'offre existe-t-elle, et le jeu tourne-t-il sur mon matériel ? Est-il ajouté à ma bibliothèque ou seulement accessible tant que quelque chose est actif ? Que contient exactement ce qui est proposé ? Que demande-t-il une fois lancé ? Et si le compte ferme ou si le titre quitte le catalogue, que me reste-t-il ?